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La Haie vive et le bocage

 Le bocage ancien est une sorte de « forêt linéaire » densément maillée qui a su préserver des reliques de la forêt antique ou préhistorique (on parle souvent dans ces cas de haies patrimoniales). Il a offert durant des siècles un « habitat de substitution » par rapport au taillis ou à la forêt. C'est un écosystème particulièrement résilient  où les pullulations (de rats, souris, limaces, insectes et autres parasites), énemis des cultures et des animaux d'élevages, sont étouffées dès leur origine par leurs prédateurs, toujours présents dans le refuge permanent que constitue pour eux le réseau de haies.

Le Bocage est dans tous les cas un élément important du réseau écologique local.

Le BOCAGE BOURBONNAIS est une Région naturelle de France située dans la région d'Auvergne, à l'ouest du département de l'Allier. Le pays doit son nom à l'ancienne province du Bourbonnais. Cette région offre des paysages traditionnels de bocage. Les espaces agricoles sont séparés par des haies appelés "bouchures". Les habitations sont dispersées en lieux-dits, en petits villages ou en hameaux. On y pratique principalement l'élevage bovin du Charolais pour la viande

 

 

 

 

 

 

 

Paysage typique du bocage Bourbonnais: "LA BOUCHURE": arbres de plein vent: chênes, frênes, "retaillés" pour le passage des engins agricoles, Cette retaille alimentant la cheminée familiale. L'espace entre les grands arbres est occupé par des végétaux formant brise vent et adaptés aux conditions locales: on y trouve principalement: aubépine, prunellier, noisetier, sureau, ronce, houx, buis.

 

 

 

Haie de bocage au printemps: les prunelliers sont en fleurs. Cette végétation buissonnante est un lieu de vie pour les oiseaux, les insectes, reptiles, et autres petits mammifères. Les arbres à fleurs facilitent la vie des insectes pollinisateurs et les arbres à baie nourrissent les oiseaux, qui vont réguler les populations d'insectes.

 

On trouve des espèces d'oiseaux nocturnes comme la chouette, le hibou ainsi que des rapaces diurnes tels le faucon, la buse, l'épervier,.

 

Le pied de haie sert d'abri au petit gibier: lièvre, lapin, perdrix, faisans

 

 

LA HAIE VIVE, son rôle, son utilité, évolution:

 En ce qui concerne le bocage Bourbonnais, on peut attribuer deux rôles importants: un rôle patrimonial et un rôle écologique

 Rôle patrimonial de la haie vive:

 Avant toute chose, on peut affirmer que la haie représente l'identité paysagère de notre région. On pourrait même dire qu'elle représente l'identité paysagère de chaque territoire (essences différentes, dessin du bocage variable en fonction des habitudes locales) C'est l'histoire de nos campagnes, c'est l'héritage laissé par les anciens.

C'est aussi un paysage relaxant, permettant des promenades et randonnées agréables et " vivantes" (observation des oiseaux, des mammifères, des plantes, grappillage des fruits des haies (mures, chèvrefeuille)...( toutes sensations interdites le long de ces "chemins de remembrement" bordés de ronces métalliques) Ce maillage bocager apporte une qualité de vie. que beaucoup de citadins recherchent lors de leurs vacances ou loisirs : promenades pédestres, équestres, cyclistes, ombre pour pique-nique...etc.

 La Haie a aussi un rôle de "dissimulation" d'éléments disgracieux du paysage ( bâtiments agricoles modernes, stockage d'objets ou produits plus ou moins agréables). La haie dissimule le stock industriel aux yeux des automobilistes, sans qu'il soient besoin de recourir à du "panneautage" rapidement tagué. 

 Rôle écologique de la haie: 

 A l'heure de grands débats nationaux, souvent stériles, sur l'écologie, de tables rondes, de "Grenelle" sans aucune efficacité, on peut simplement, gratuitement, préserver la biodiversité ..... 

 Quel est le rôle de la haie dans le maintien de la biodiversité? 

 - C’est l’habitat essentiel de la grande majorité des animaux du bocage (oiseaux, mammifères, chauves-souris, milliers d’insectes qui sont autant d’auxiliaires des cultures et qui vont aider les agriculteurs à limiter naturellement les invasions d’insectes dits « ravageurs » 

 - La haie, lieu de vie, abrite des milliers d'insectes pollinisateurs (indispensables à la survie de l'humanité). 

  - C'est le dernier refuge du petit gibier ( perdrix, faisans, lapins, lièvres) qui y trouvent nourriture, abri, protection. Souris, rats, mulots campagnols, seront la nourriture privilégiee des prédateurs habituels de ce petit gibier (renards, fouines, putois). Les anciens (dont je fais partie) vous parleront de la chasse AVANT le remembrement et APRES le remembrement et des conséquences de la quasi disparition des haies sur certains territoires. 

 - C’est aussi le refuge d’une grande partie de la flore naturelle du bocage : qu’il s’agisse de fleurs, d’arbres ou d’arbustes. Arbres fruitiers sauvages (cerisiers, pommiers, quelques cormiers survivants) prunelliers, aubépines, ronces, noisetiers, sureaux ..etc.  très nourriciers pour la faune sauvage (oiseaux, insectes). Grands arbres: chêne et surtout frêne, arbre emblématique du pays d' Huriel 

 - Les haies sont des corridors écologiques (trames vertes) indispensables, qui relient les différents écosystèmes (cela est vrai à petite échelle : d’un bois à l’autre, d’une mare à un bois, etc.… ; et à des échelles bien plus grandes : d’un canton à l’autre, voire d’une région à une autre). Sans ces trames les écosystèmes s’isolent et ne fonctionnent plus (échanges génétiques, individus pionniers, colonisation de milieux récents, des milieux restaurés, dispersion des jeunes, etc…). Le phénomène des corridors écologiques a été largement étudiée et il s’agit aujourd’hui dune priorité reconnue de tous et, à ce titre, une « priorité absolue » du Grenelle de l’Environnement. 

 Rôle de la haie dans le cycle de l'eau 

 - En cas de pluie, l’eau de ruissellement ne connaît pas la même accélération si elle rencontre une, cinq ou dix haies avant d’arriver au fossé ou si elle n’en rencontre aucune. Une haie casse la course de l’eau, la stoppe, puis l’eau rentre dans le sol. Sans les haies, l’eau arrive immédiatement et en masse dans le fossé, puis le ruisseau puis  la rivière, entraînant des crues immédiates et élevées. Les haies vont étaler l’écoulement des eaux sur plusieurs jours et une partie de l’eau va atteindre les nappes phréatiques superficielles ou profondes. 

 - L’eau stoppée par les haies va déposer les sédiments qu’elle emportait, limitant ainsi l’érosion et l’apport de sédiment dans la rivière. De plus, l’écoulement étant moins violent, l’eau déplacera moins de sédiments.  

 - Les polluants (nitrates, biocides, etc…) seront également moins emportés vers la rivière. Ils seront par ailleurs déposés au pied des haies et beaucoup seront dégradés car agissant sur les végétaux de la haie (nitrates comme biocides). Les racines vont filtrer les eaux. 

  Rôle agro-économique de la haie 

 - Amélioration très nette de la qualité des sols jusqu’à plusieurs dizaines de mètres de la haie (faune du sol, humidité) 

- Réduction des extrêmes (température: (gel, canicules) comme hygrométrie(sécheresse, excès hygrométrique)) évitant l’impact que ceux-ci ont sur les cultures. 

- Protection des cultures contre le vent  

-  Protection du bétail (surtout à la naissance) contre la pluie, le vent(impact mesuré sur les frais vétérinaires à travers plusieurs études) 

-  Limitation des ravageurs (rongeurs, insectes) par la présence de prédateurs (oiseaux insectivores (relayés la nuit par les chauves-souris), rapaces, insectes « auxiliaires », etc…). Il a été démontré que "Les densités de population (de campagnol des champs) sont relativement stables à proximité des lisières forestières, réseaux bocagers et mosaïques boisées (abritant des communautés de prédateurs généralistes. La fréquence des extinctions locales et l’amplitude des fluctuations d’abondance sont les plus grandes dans les openfields… ». D’après Delattre (P.), Quéré (J.-P.), De Sousa (P.), Fichet(E.), Giraudoux (P.), Résumé des communications des 7èmes journéesfrançaises de l’association internationale d’Ecologie du Paysage, « Rôle fonctionnel des lisières et des écotones », Institut des sciences et techniques de l’Environnement de l’Université de Franche-Comté, Besançon, 21-23 avril1999. Cité dans « Agriculture et Biodiversité », ONCFS, 2001.

 

EVOLUTION DE LA HAIE VIVE EN FRANCE

:  "...En 1910, le bocage Français comptait 2 millions de km aujourd'hui à peine 500 000km"

 (Cf: Bernard FARINELLI, écrivain et essayiste, président de l'association des amis d'Emile Guillaumin, auteur de "L'Avenir est à la campagne" 2009.)

 Une première génération d'agriculteurs, directement issue de la croyance dans un progrès qui nécessitait de faire table rase du passé, fit évoluer la fonction paysanne vers celle d'exploitant agricole. Dans les années 1950, la haie devint l'élément récurrent de l'archaïsme, du labeur acharné un mois durant à la tailler, le tout manuellement. La Politique agricole commune, dès le plan Mansholt, imposa sa foi en l'agronomie rationalisée et en la disparition annoncée du paysan, du pays, du terroir, du local. Dans le grand œuvre technocratique, le remembrement devenait un outil de prédilection, au même titre que le drainage et l'irrigation. Le machinisme ajouta ses propres exigences.

Alors que le bocage s'accommodait de la petite mécanisation, même s'il fallait l'adapter, en supprimant les trop petites parcelles, le système économique conduisait au toujours plus. Le gros tracteur avait besoin d'espace pour manœuvrer.

La haie devint aussi un obstacle aux primes L'administration, obéissant à la volonté politique, se dota des outils nécessaires au changement radical de l'imaginaire paysan avec les lois d'orientation agricole adéquates. L'agriculteur fut encadré, endoctriné dès l'école et enrôlé dans une profession devenue essentiellement technique.

 La mentalité anti-haie s'est aggravée durant les deux dernières décennies, sous l'influence de la prime communautaire. Selon les départements et les applications préfectorales, le drame se jouait avec plus ou moins d'intensité. Dans les grandes cultures, les haies de bordure devaient faire moins de quatre mètres de large, ou deux, si la haie était mitoyenne. La surface des houppiers des arbres isolés était décomptée des surfaces primées. Pire.les bosquets jugés pâturables étaient pris en compte pour la surface primable. ..... après leur éradication!

 La réalité est dramatique. Les chiffres, issus de la comparaison de statistiques, sont accablants. Une perte annuelle de haies de 45 000 km entre 1975et 1987, soit 14 000 hectares de haies et d'arbres épars chaque année. Puis 9 000 hectares entre 1991 et 2000. Restaient en France, en 2000, seulement 500 000 km de haies ! 1,5 million ont été détruites sur les 2 millions que possédait le bocage français à son apogée, vers 1910.

 Certes, le droit de propriété suppose le droit d'exploiter, comme l'on veut, en respectant la législation en vigueur et il n'est pas question de contraindre , de quelque manière que ce soit, les agriculteurs. L'obligation morale de sauvegarde du patrimoine ne fait pas l'objet d'un texte de loi. Peut on simplement placer notre espoir dans les jeunes générations et les programmes scolaires des lycées agricoles.

 

Mais Il n'en est pas de même des collectivités: Communes, communauté de communes, conseils généraux , conseils régionaux sont composés d'élus du peuple, ce sont les représentants de la nation et à ce titre ont des devoirs: Devoir d'exemplarité en particulier, et en ce qui concerne le problème de la haie du bocage dont ils ont la charge (bordure des routes et des chemins), devoir de sauvegarde du patrimoine à léguer à nos enfants. Ils doivent être tenus pour responsables du désastre écologique en cours et à venir.

Les élus locaux ont le devoir de refuser le clientélisme, la démagogie et l'obligation d'informer et de réaliser.

Est il utile de subventionner des replantations de haies et dans le même temps de continuer les broyage destructeurs? (Dans les environs de Bourbon l'Archambault, on peut voir de magnifiques arbres, replantés sur le talus et entre les arbres, une haie , consciencieusement broyée à 1m du sol...il aurait peut être été plus économique de laisser pousser les arbres dans la haie.?)

Si l'entretien régulier et raisonné des haies est justifiable lors d'entrave à la circulation , pourquoi continuer de broyer les haies des chemins uniquement fréquentés par les promeneurs et quelques tracteurs?

Des départements, des communes, partout en France ont fait une démarche positive d'entretien du patrimoine, pourquoi ne le font ils pas tous?

 

Les collectivités locales et l'entretien des haies de bocage.

L' exemple de la commune d'HURIEL

(toutes les photos ont été prises sur la commune d'Huriel, le long de chemins (où, par conséquent,  le facteur sécurité routière / visibilité ne peut être invoqué)

 Un constat dramatique

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 Le nouveau paysage du bocage Bourbonnais sur la commune d'Huriel (chemin dit "de la Sagne")

L'entretien des haies en bordure des voies de circulation dont les collectivités locales ont la charge, a un but principal: assurer la sécurité et le bon usage de ces voies et un but secondaire: veiller à la pérennité de la haie par une taille douce. Si l'on peut concevoir qu'une taille sévère soit justifiée aux abords d'un carrefour pour augmenter la visibilité., on s'interroge quant à l'argument sécuritaire de ce type d'entretien le long des chemins qui sillonnent la commune et où ne passent que quelques tracteurs, des randonneurs et des animaux.

Le résultat de cet "entretien" est dramatique

Il n'y a , espérons le, aucune volonté de supprimer les haies lors de l'entretien annuel, mais faute d'un objectif clairement énoncé, de préserver au maximum les haies, bien souvent, les agents coupent tout ce qui est possible en s'arrêtant là où la machine ne peut pas passer. Les agents avec qui j'ai pu discuter ont en outre une fierté à effectuer ainsi leur travail.( "....si on était pas là avec nos machines....on ne passerait plus dans les chemins..".). Cette satisfaction du "devoir accompli" est tout a fait respectable, sauf que l'objectif n'est pas clairement exprimé ou totalement inadapté 

Voici le témoignage édifiant d'un employé de communauté de commune (hors département)

"Si les utilisateurs de telles machines étaient sensibilisés par des formations de quelques heures, ils pourraient mesurer la gravité de leurs actions. Pour avoir utilisé une très grosse épareuse pendant un certain temps, je peux dire que la puissance de la machine vous donne une impression de force et de pouvoir. Je me suis souvent surpris à me dire “mais faut que t’arrête là, t’as vu ou t’es rendu dans la haie, on est pas la pour ouvrir une autoroute”. C’est à l’utilisateur d’être assez intelligent pour savoir quand s’arrêter. Mais il y a aussi la pression économique, un gars m’a dit une fois, “tu ratiboises bien ras, tu passeras pas l'année prochaine, on a pas de temps à perdre avec les haies, ça rapporte rien et ça nous fait ch… ".......

Il y a bien sûr l'aspect humain : ces emplois sont importants et doivent être maintenus, mais doit on les assurer en faisant broyer toute l'année des kilomètres de haies. Ne peut on pas être un peu plus imaginatif et valoriser différemment le travail de ces agents (par d'autres tâches ou des tâches complémentaires)

Un élu local a qui j'exposai mes griefs m'a répondu: "....On est bien obligé de broyer ou faucher, sinon qu'est ce que l'on leur ferait faire.....et puis...faut amortir..." ..Et oui amortir des dépenses inconsidérées en engins de destruction.

Il n'y a qu'à se promener le long des chemins de randonnées pour constater chaque année  la disparition du volume des haies: Il suffit de regarder la position des arbres de plein vent restant en place . Il définisse ce que les anciens appelait le maître plan, c'est à dire l'axe de la haie. A force de passage et de broyage, la haie se décale vers l'intérieur du champ alors qu'elle devrait être répartie symétriquement de chaque côté des arbres. parfois les arbres sont arrivés complètement à l'extérieur de la haie.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Seuls les grands arbres et les fils de fer permettent à quelques vestiges de haies de subsister....La haie s'est "déplacée" complètement à l'intérieur du champ

Se pose aussi la question "électoraliste" du plaire à tout prix ....on plante quelques arbres pour faire plaisir aux "écolos", on, broie un peu plus loin et un peu plus bas pour faire plaisir au riverain ( tout heureux de cette coupe gratis), ....on peut faire la même remarque avec les plantations de jachères fleuries au bord des routes passagères  Que c'est beau!!!! vive les abeilles!!!!!..et le fauchage des bas côtés, en mai juin, le long des chemins...pauvres abeilles!!!!

La question fondamentale du droit  des propriétaires doit aussi être mise en avant: De quel droit, la commune, la communauté de commune, vient elle "massacrer" ma haie chaque année, alors que celle ci n'entrave en rien la circulation et ne met pas en péril la circulation des tracteurs et des troupeaux de vaches se rendant d'un pré à un autre? Ne devrait on pas demander l'autorisation à ces mêmes propriétaires? Est ce une fatalité de subir ces agressions et d'être obligé, chaque année, de remplacer les piquets de clôtures déstabilisés et de raccorder les fils de fer coupés par le passage trop proche de l'épareuse.. (piquets et fils de fer, bien sur nécessaire puisque par endroit, la haie a été détruite par le même engin.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Piquets de clôtures après passage de l'épareuse (ils avaient été posés 6 mois avant)

 

L'entretien actuel: Massacre à l'épareuse (ou broyeuse)

 Cet engin est bien connu de tous: Caché sous un capot, un tambour d’environ un mètre de long, mû par la prise de force du tracteur, tourne à grande vitesse. Sur ce tambour s’articulent des fléaux d’une vingtaine de centimètres de long, en forme de Y, dont la fonction est de déchiqueter tout ce qui passe à leur portée ,grâce à la force centrifuge.

 Cette machine est conçue pour une taille fin Aout début septembre sur du bois a peine aoûté ou pour broyer au sol des résidus de "coupes propres" réalisées par d'autres engins. Son utilisation est actuellement complètement dévoyée.

 Les dégâts causés par l'emploi actuel d'un tel engin sont considérables.

  Les conséquences:

1 - régression latérale de la haie:

 Chaque année, "l'entretien gagne quelques dizaines de centimètres sur la haie (20cm, 30cm, 50cm, voire 1m en un seul passage). cette coupe n'étant bien sûr pas compensée par la pousse printanière puisque ce sont les arbustes, les charpentières, les troncs des végétaux qui ont été déchiquetés.

 Un tel traitement entraîne sur le très court terme la disparition de la haie, puisque seules les ronces ont le temps de se régénérer entre deux passages. Tous les autres composants de la haie: arbrisseaux de toutes essences, fruitiers (en particulier cerisiers), aubépine, noisetier, sureau, prunellier...etc. attaqués sur le pied mère vont dépérir et mourir. Des trouées avec une végétation basse vont apparaître entre les grands arbres, le prochain passage de l'épareuse conclura ce désastre.

 Un  autre scénario se produit parfois: A force de passage et de broyage au coeur de la haie, celle ci se déséquilibre et s'effondre du côté non taillé...le résultat final est le même....Ce qui veut dire en outre, que celui qui veut préserver sa haie ne le peut même pas.

 C'est la fin d'un paysage, d'une histoire.

 

 

 

 

 

On voit nettement l'espace perdu par la haie

 

Le dernier passage de l'épareuse a réduit de +/- 50cm de nombreuses espèces d'arbustes. Elle était dense , trois ans auparavant.

 

 

Seuls, les troncs des petits frênes, juste trop gros pour être broyés en un seul passage permettent de clore ce champ.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un peu plus loin sur le même chemin, où il n'y a plus d'arbres protecteurs, une première trouée est en train de se dessiner (partie claire)..c'en est fini de cette partie de la haie

 2 -Les conséquences de la taille "par le dessus":

 2-1 destruction accélèrée

 " Plus de la moitié des haies seront conservées en haie haute sans taille sommitale" Préconisation de l'office nationale de la chasse  2001

 La taille "par le dessus", combinée avec la taille latérale, accentue le phénomène de destruction. Pourtant, le long des chemins , les haies ne dissimulent aucune visibilité et ne gêne aucunement la circulation, elles pourraient donc se développer. l'effet brise vent, l'abri qu'elles représentent pour les animaux sont intéressants. Malgré cela , sur la commune d'Huriel, Toutes les haies subissent une coupe latérale ET une coupe "par le dessus"

 La taille "par le dessus" a également des conséquences immédiates. Elle ne protège plus , oiseaux et mammifères, de la pluie: Il est impossible pour les oiseaux, de nicher au printemps, dans ces espaces dépourvus de protection.( Une expérience est facile à réaliser: promenez vous en mars/avril/mai, le long des chemins, tendez l'oreille ....vous n'entendrez pas beaucoup de chants d'oiseaux, le long de ces haies "modernes".

 Le petit gibier souffre également de cette situation: Pour les mêmes raisons (pluies, vent), les lièvres ne peuvent plus s'y gîter, les rares perdrix survivantes, ne peuvent plus nicher. Dans notre région d'élevage où l'emploi de pesticide est quand même limité, l'éradication du petit gibier est essentiellement due à la modification du paysage, commencée avec le remembrement, et accélérée par la mécanisation insensée de l'entretien des haies bocagères.

 

 Disparition programmée  d'une haie que j'ai connu giboyeuse

 

 La aussi les lièvres se plaisaient

2-2 La fin des arbres de haies

 Les grands arbres qui poussent dans les haies sont la deuxième composante du paysage Bourbonnais. Longtemps, le produit de leur "retaille" a assuré le chauffage hivernal de toutes les fermes. Parfois, on abattait un arbre, mais c'était rare...Comme disait ma grand-mère: ".....tant qu'on peut faire sans attaquer le patrimoine...". Ces arbres ont connu un premier cataclysme (bien plus fort que les tempêtes récentes), ce fut bien évidemment le remembrement. L'abattage des arbres et l'arrachage des bouchures étaient gratuits alors pourquoi s'en priver. Ce fut l'époque où l'on a vu naître ces fameux "tas de remembrement" Amas inélégant (qui disparaissent seulement depuis quelques années) composés d'arbrisseaux, d'épineux , de branches,  de jeunes arbres. Les troncs, souvent en nombre trop importants pour être transformés en bois de chauffe, pourrirent sur place. Maintenant tout le monde est convaincu du désastre écologiste engendré par ce remembrement mal pensé et mal exécuté.

Hélas l'histoire ne sert pas de leçon. Les quelques arbres qui sont restés témoignent encore de notre héritage. Mais, ils ne sont plus retaillés, s'il gêne le passage, mais abattus: c'est plus vite fait.......Après tout c'est le destin de ces grands arbres de 150 / 200 ans, c'est le cycle de vie. Seulement, voilà, le cycle de vie n'est plus respecté depuis l'apparition de "l' entretien" mécanisé des chemins et la taille horizontale des haies AUCUN ARBRE ne pousse. L'ors de ma dernière randonnée, sur environ 10km de haies taillées par la collectivité: je n'ais pas vu un seul jeune arbre (moins de 10 ans). Ils sont tous, massacrés à 1m 20 de haut.

 Dans 20, 30 ans, quand le bois deviendra un combustible incontournable pour économiser le mazout devenu inabordable, il n'y aura plus d'arbre de haie , de "retaille" pour se chauffer et comme toute la forêt française est achetés par les  pays émergeants, le bois sera à son tour une denrée rare et hors de prix Une gestion saine , raisonnée intelligente du bocage nous éviterait cette nouvelle déconvenue . Les mêmes qui veulent "ratiboiser ces P. de bouchures" seront les premiers à hurler au scandale et à mettre en cause " le gouvernement, la crise, les chinois, les fonctionnaires...(rayer les mentions inutiles), mais ils ne s'interrogeront pas sur leur action dévastatrice antérieure. . Les habitants de l'île de pâques ont éradiqué les arbres de leur île pour élever les fameuses statues de pierre à la gloire de leurs Dieux, en conséquence , leur civilisation s'est éteinte . En feront nous de même pour la gloire de l'épareuse ?

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Un jeune frêne qui aimerait bien vivre et un sureau au bord d'un chemin où ne passe jamais personne

 

 D'autres arbres allègrement massacrés chaque année

 

Sauvons le bocage Bourbonnais

Le Conseil Général de l'Allier affiche clairement, dans ses publications et sur son site, sa volonté d'aller, par ses actions dans le sens du développement durable. (le fauchage des bords de  routes (quand sont appliquées les consignes) en est un exemple), qu'il poursuive et améliore encore ses actions , pour récupérer le retard pris par rapport à de nombreuses autres régions.

Le Conseil général, les mairies, les communautés de communes n'ont pas pour mission de raser les haies bordant les routes et chemins du département, de se substituer aux propriétaires. Leur rôle est d'assurer un bon usage de ces voies et de veiller à la pérennité du patrimoine qu'ils ont  reçus en héritage

Le Conseil Général n'a pas bien sur le pouvoir d'imposer aux agriculteurs et aux différents décideurs institutionnels, des méthodes d'entretien des haies de bocage, mais il a devoir d'exemplarité. C'est à lui d'expliquer, de former, d'éduquer.

Les points essentiels:

AFFIRMER et ASSUMER

- Affirmation par les pouvoirs publics  de l'utilité de la haie bocagère dans son rôle patrimonial, dans son rôle agro-économique, dans son rôle écologique

- Affirmation d'une volonté  de sauver ce patrimoine actuellement en danger de mort.

- Assumer les critiques des tenants du "rasage des haies" qui ne manqueront pas de se faire jour devant "l'absence" de broyage annuel

INFORMER

- Information des usagers des chemins (randonneurs, amateurs de 4  x 4, de motos, cavaliers, cyclistes...etc) sur le thème: on s'adapte au paysage et au terrain et non pas on adapte le terrain à ses loisirs. ( Il est insupportable d'entendre que les "...haies mal taillées ont rayé mon 4x4..."...ou "....il y aura des vipères partout.." ( a croire que les vipères, tels des guépards, se cachent dans les hautes herbes, pour bondir sur le paisible randonneur )

- Information des agriculteurs sur l'utilité de la haie bocagère)

- Information des jeunes (Collège, lycées agricoles...etc)

APPLIQUER

- Inventaire des haies de chemin en grand danger et abandon pendant quelques années de toutes tailles, tant qu'elles ne se sont pas "refaite une santé

- Classification des types d'entretien, suivant les usages de la voie (circulation des véhicules ou chemins) et entretien adaptés à ces usages

- Abandon de l' épareuse au profit de moyens mécaniques plus adaptés: sécateur hydraulique (fréquence de 2 à 5 ans) ou lamier à scies (tous les 5 à 10 ans)

- Formation des conducteurs de machines, sensibilisation à leur devoir de sauvegarde du patrimoine

- Suivi du travail des agents (afin de canaliser la fougue)

- Respect absolu des dates pour l' entretien des haies: proscrire toute taille entre le 15 mars et la fin de l'été et pour le fauchage des accotements (limités et hauts en bord de route)Pas de fauchage sur les chemins entre le 1er mars et la fin de l'été ( laisser pousser et se ressemer les plantes et fleurs mellifères)

- Replanter les haies détruites par nos actions irresponsables.

- Respect des propriétaires des haies bordant les chemins et information et obtention de leur accord avant toute action, non justifiée par des raisons impératives de sécurité.

L'avenir de nos paysages, de notre nature , de l'héritage que nous léguons à nos enfants dépend uniquement de nos actions. Ils seront vos juges

Que direz Georges SAND, que l'on se plait à "récupérer"  pour valoriser le "pays d' Huriel",  qui baptisa un de ses héros HURIEL, et décrivit si merveilleusement les paysages de notre "pays",  si elle revenait parmi nous et voyait ce que vous en avez fait 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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